Les congrès de Clermont-Ferrand de 1940, 1941 et 1942

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Christophe Eckes 1, Gatien Ricotier 2,

1. Archives Henri-Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies,
2. I.R.M.A. / U.F.R. de mathématique et d’informatique

Publié le 02/07/2018,

Introduction

Durant la période de l’Occupation, trois congrès du groupe Nicolas Bourbaki furent organisés dans la ville de Clermont-Ferrand, alors située en zone libre : le premier entre le 6 et le 11 décembre 1940, le deuxième du 16 au 19 avril 1941 et le troisième entre le 5 et le 14 août 1942. Ces trois congrès témoignent d’une reprise des activités au sein du groupe, malgré son éclatement à la suite de la débâcle et du morcellement de la France en plusieurs zones. Il vaut donc la peine de préciser quels furent les membres présents lors de chacun de ces trois congrès, en reconstituant aussi précisément que possible leurs itinéraires, avant d’aborder les activités scientifiques du groupe dont les numéros de « la Tribu » de décembre 1940 à août 1942 portent témoignage.

I. Itinéraires suivis par les membres du groupe au début de l’Occupation

D’après le quatrième numéro de « la Tribu », daté du 11 décembre 1940, Jean Delsarte, René de Possel, Jean Dieudonné, Charles Ehresmann et André Weil assistèrent au congrès de décembre 1940 [La Tribu N°4]. Laurent Schwartz, alors doctorant à l’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand [1], y est également mentionné en qualité de « chrysalide ». Rappelons leurs itinéraires respectifs.

André Weil est jugé le 3 mai 1940 pour insoumission et il choisit alors d’incorporer une unité combattante. Il rejoint Cherbourg puis St-Vaast-La Hougue (Manche) avant de séjourner à Londres de juin à septembre 1940 [2]. On retrouve ensuite la trace de Weil à bord du navire-hôpital le « Canada », comme en atteste une lettre à Henri Cartan datée du 2 octobre 1940 [3]. Weil y annonce que le bateau effectuera une escale à Oran dès le lendemain. Le « Canada » continue son itinéraire jusqu’au port de Marseille qu’il atteint le 9 octobre. Weil retrouve H. Cartan à Clermont-Ferrand dès le lendemain. Précisons que Weil est révoqué de l’Université de Strasbourg en octobre 1940, par application de la loi sur le statut des juifs, édictée par le gouvernement de Vichy le 3 octobre 1940.

Comme nous l’avons vu dans le précédent focus [Premier focus], H. Cartan est le principal intermédiaire entre Weil et les autres membres du groupe Bourbaki au cours de l’année 1940. Lors de la débâcle de mai-juin 1940, H. Cartan accueille ses parents ainsi que la famille de son frère Louis, tous contraints de fuir en raison de l’avancée des troupes allemandes. Rappelons qu’au moment de la défaite, Elie Cartan dirige le laboratoire de mathématiques pures, hébergé à l’Institut Henri-Poincaré, lequel est dévolu à l’effort de guerre entre octobre 1939 et mai 1940 [4]. Louis Cartan, qui est fraîchement nommé maître de conférences à l’Université de Poitiers avant le début des hostilités, est détaché durant la drôle de guerre au laboratoire de physique théorique de l’Institut Henri-Poincaré. Elie Cartan et sa femme regagnent la capitale en août 1940. Louis Cartan retourne pour sa part à Poitiers et s’engage dans un réseau de résistance [5]. Henri est nommé à la Faculté des sciences de Paris à l’automne 1940 et il commence alors une longue période d’enseignement à l’Ecole normale supérieure. Notons l’absence d’H. Cartan lors du congrès Bourbaki de décembre 1940. Il participera en revanche au congrès suivant, organisé en avril 1941 [6].

Précisons à cet effet les itinéraires suivis par les autres membres du groupe. Lorsque le conflit éclate, Jean Dieudonné et Jean Delsarte exercent à la Faculté des sciences de Nancy. Comme nous l’avons indiqué dans le focus consacré au premier numéro de « la Tribu » [Premier focus], ils sont mobilisés comme officiers en septembre 1939. Après la débâcle, la ville de Nancy est située en zone interdite, qui s’étend du nord de la Somme à la Franche-Comté en incluant la Meurthe-et-Moselle [voir la Carte de la France occupée]. L’Université de Nancy est fermée jusqu’à nouvel ordre. La présence de Dieudonné à Paris est attestée en novembre 1940. Il y rencontre le mathématicien allemand et capitaine de marine Helmut Hasse, qui entend recruter des mathématiciens français comme recenseurs pour le Jahrbuch über die Fortschritte der Mathematik ainsi que pour le Zentralblatt für Mathematik und ihre Grenzgebiete [7]. Dieudonné est ensuite détaché à l’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Jean Delsarte est pour sa part détaché pour une année à l’Université de Grenoble. Il y remplace Jean Favard, alors retenu en captivité dans l’Oflag XVIII A, localisé en Autriche [8].

Carte : La France pendant l'occupation allemande de 1940 à 1942, Lien

René de Possel est chargé de cours de Calcul Différentiel à l’Université de Clermont-Ferrand durant l’année universitaire 1940-1941. Il est donc naturellement présent au congrès de décembre 1940. On ne sait cependant pas quand il a repris contact avec le groupe. Il n’est pas mentionné dans le deuxième numéro de « la Tribu », paru en avril 1940 ; son adresse ne figure pas non plus dans la liste annexée à ce numéro [La Tribu N°2].

D’après le n°6 de « la Tribu » daté du 1er mai 1941 [La Tribu N°6], le deuxième congrès de Clermont-Ferrand a pu réunir Henri Cartan – qui a donc obtenu un laissez-passer depuis la zone occupée –, Jean Delsarte, Jean Dieudonné, Charles Ehresmann et Laurent Schwartz (toujours en qualité de chrysalide). René de Possel, alors à Marseille, est excusé. Il exercera à l’Université d’Alger après cette date. André Weil vient tout juste de débarquer sur le sol américain. Les Weil quittent en effet la France pour les Etats-Unis à la fin du mois de janvier 1941. Ils accostent à New York le 3 mars 1941 [9]. Les exils d’André Weil, ainsi que d’autres scientifiques français tels Jacques Hadamard, Szolem Mandelbrojt ou encore Jean Perrin, ont été rendus possibles via la mission Rapkine, du nom du biologiste Louis Rapkine (1904-1948). Avec l’appui de la fondation Rockefeller, ce dernier organise, à partir de l’automne 1940, l’exil d’universitaires français inquiétés par le régime de Vichy ainsi que par l’occupant. Notons qu’André Weil rencontre son ami Claude Chevalley à Princeton au plus tard en mai 1941 [10].

II. Le devenir des chrysalides du congrès de Dieulefit : Chabauty et Pisot

Claude Chabauty et Charles Pisot sont mentionnés comme chrysalides dans les documents liés au congrès de Dieulefit de septembre 1938 [Engagements Dieulefit]. Tous deux intègrent l’École normale supérieure en 1929 et soutiennent leur thèse en 1938. Aucune source ne nous permet pour l’heure de documenter la trajectoire de Chabauty durant la drôle de guerre. Nous savons qu’ensuite, il est chargé de recherches à Paris entre l’automne 1940 et le début de l’année 1942 [11]. Durant l’année 1940-1941, il est en outre titulaire du cours Peccot au Collège de France. Ses leçons sont alors dévolues aux équations diophantiennes. Il est ensuite nommé maître de conférences à l’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Il ne fait pas partie des présents lors des deux premiers congrès Bourbaki organisés à Clermont en décembre 1940 et en avril 1941. En revanche, il a très certainement participé au troisième congrès, qui se tient en août 1942 ; en effet, il exerce alors à Clermont-Ferrand et son nom figure dans les engagements pris le 14 août 1942.

De son côté, le théoricien des nombres Charles Pisot ne participera à aucun des congrès Bourbaki organisés durant la Seconde Guerre mondiale. Il vaut la peine d’expliquer ce point. Entre septembre 1939 et mai/juin 1940, Pisot est mobilisé comme officier de défense contre les aéronefs. Après la démobilisation, Pisot rencontre H. Cartan à Toulouse au début du mois de septembre, avant de remonter à Paris où il s’entretient avec E. Cartan [12]. Il est pressenti pour exercer sur une chaire à l’Université de Marseille, laissée vacante depuis la mort du mathématicien Frédéric Marty [13]. À l’automne 1940, Pisot rejoint finalement Obernai en Alsace – où résident ses parents – avant de gagner l’Allemagne. Pisot exerce les fonctions d’assistant scientifique d’abord à Fribourg-en-Brisgau – du 1er novembre au 31 décembre 1940 – ensuite à Greifswald – jusqu’en mars 1942 – avant de revenir à Fribourg. Il reste donc en Allemagne jusqu’à la fin des hostilités. À son retour en France, Pisot obtient une chaire à la Faculté des sciences de Bordeaux. Il devra néanmoins s’expliquer devant une commission d’épuration afin de préciser quelles furent ses activités en Allemagne durant la guerre [14]. Finalement acquitté en 1948, il poursuivra sa carrière à l’Université de Bordeaux jusqu’en 1955, avant d’être nommé à Paris.

III. Les participants au troisième congrès de Clermont-Ferrand (août 1942)

Le n°8 de « la Tribu » se singularise par rapport aux comptes rendus précédemment cités en ce qu’aucune liste des présents n’y figure. Si l’on en croit cependant les engagements du troisième congrès de Clermont-Ferrand, les mathématiciens Henri Cartan, Claude Chabauty, Jean Delsarte, Charles Ehresmann et Jean Dieudonné y ont certainement pris part. Laurent Schwartz a également dû y participer en tant que chrysalide, même si son nom ne figure pas dans les documents liés à ce congrès – peut-être était-ce là une mesure de prudence en raison des menaces qui pesaient alors sur Schwartz.

Il convient d’ajouter qu’à l’automne 1941, Delsarte avait rejoint la ville de Nancy, pour y reprendre ses activités professorales – l’Université de Nancy venait alors de rouvrir ses portes. Si l’on en croit le récit de Weil, voici quel fut le parcours de Delsarte entre Grenoble et Nancy :

« Mais cette situation ambiguë [à Grenoble, en 1940-41] ne tarda pas à lui peser. Examinateur d’entrée à l’Ecole Normale, il avait les laissez-passer voulus pour aller à Paris ; il en profita, en juillet 1941, pour se rendre en reconnaissance clandestine à Nancy, et décida aussitôt de réintégrer sa Faculté et son appartement dès la rentrée, en dépit des ordres officiels. Lui d’une part, sa famille de l’autre, repassèrent donc en zone interdite en septembre 1941, non sans menus incidents avec des sentinelles allemandes heureusement peu rusées. [15

Dieudonné gagna à son tour Nancy en février 1942 [16]. La présence de Cartan, Delsarte et Dieudonné lors du congrès de Clermont d’août 1942 n’alla donc aucunement de soi. Tous trois durent en effet obtenir un laissez-passer depuis la zone occupée. M. Audin cite à ce propos un extrait d’une copie de lettre de Jean Dieudonné à André Weil, datée du 14 août 1942 et envoyée depuis « Clermont ». On peut y lire :

« Nous venons de tenir notre Congrès annuel, le premier depuis 3 ans auquel aient assisté tous les membres européens, à l’exception de de Possel, qui n’a pu quitter l’Algérie. Comme tu le penses, cela n’a pas été sans mal pour l’organiser, et en particulier pour trouver une période qui convînt à tous. Nous t’envoyons le Compte rendu de ce que nous avons fait […] » [17]

Une lettre d’Ehresmann au mathématicien suisse Georges de Rham [18] (Université de Lausanne), datée du 7 septembre 1942, vient confirmer la présence de Cartan, Delsarte et Dieudonné à Clermont lors de la première quinzaine du mois d’août 1942. Ehresmann précise en effet dans ce courrier que « pour notre congrès Bourbaki du 5 au 15 août, Cartan, Dieudonné et Delsarte ont pu venir ici [i.e. à Clermont-Ferrand] de zone occupée » [19].

IV. Quelques avancées pour les Eléments de mathématique

Dans le contexte géopolitique délicat des années 1940-42, les membres de Bourbaki ont réussi à fournir un travail mathématique significatif pour la publication des Éléments de mathématique. En effet, si les rédactions des différentes parties avancent inégalement en fonction de la situation des auteurs engagés, le groupe réussit à se mettre d’accord sur un certain nombre de points. À propos du livre III de Topologie Générale [20], on peut lire dans le troisième numéro de « la Tribu » [La Tribu N°3] du 15 septembre 1940 :

« Les chap. III, IV et VI ont fait l’objet d’une discussion par correspondance entre Cartan, Dieudonné et Weil en Mars-Mai de cette année (publiée en partie dans « La Tribu » et interrompue par les événements). Toutefois, il resta assez peu de points en litige pour que Dieudonné puisse entreprendre dès maintenant une nouvelle rédaction, à laquelle il faut espérer qu’il n’y aura plus à faire que de faibles retouches. »

Après une lecture collective détaillée de ces chapitres lors du Congrès de Clermont de décembre 1940, Dieudonné se charge de la mise au point de quelques détails. La publication est prévue pour 1941, après une ultime révision au « congrès de Pâques ». Cette lecture collective occupe les congressistes lors des journées des 16, 17 et 18 avril 1941. Dieudonné s’engage alors à envoyer les chapitres III et IV à l’imprimeur avant fin mai. En octobre 1941, il annonce que ces chapitres sont « sous presse » ; ils sont achevés d’imprimer le 29 avril 1942 [21].

D’un autre côté, le travail effectué au cours de cette période autour du premier chapitre d’Algèbre semble beaucoup moins collectif. Weil promet de fournir une nouvelle version sur la base d’un plan élaboré en décembre 1940 à partir de la rédaction de Dieudonné. À la suite du deuxième congrès de Clermont, une lecture détaillée de la rédaction Weil, si possible pour publication, devient une priorité. On peut lire dans le n°7 de « la Tribu » [La Tribu N°7] que la rédaction est achevée aux deux tiers et « devrait pouvoir être discutée au prochain Congrès, en vue de publication immédiate ». Il n’y est plus fait mention par la suite mais l’« achevé d’imprimer » de la première édition de ce chapitre est daté du 8 avril 1943. Au vu du plan proposé en décembre 1940 et étant donné les modifications mineures apportées à la version imprimée, il est fort probable que la rédaction de Weil soit Algèbre Ch. I état 3 : structures algébriques [R033_iecnr040].

Notons pour finir que certains des travaux du groupe sont directement liés à des cours dispensés par Cartan [22], de Possel [23] et Ehresmann [24]. Il convient donc d'être attentif aux notes de cours produites par certains membres de Bourbaki pour cerner divers aspects de la genèse des Eléments de mathématique

Notes

  1. Après la débâcle, Laurent Schwartz et sa femme sont repliés à Toulouse et ils vont à la rencontre d’Henri Cartan et Jean Delsarte qui font passer les examens oraux d’entrée à l’ENS. D’après les souvenirs de L. Schwartz, Cartan leur aurait conseillé de s’installer à Clermont-Ferrand. Voir à ce propos L. Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Paris, éditions Odile Jacob, 1997, p. 155.
  2. Lettre d’André Weil à Herbert Solow du 10 octobre 1941 reproduite dans Michèle Audin, Correspondance entre Henri Cartan et André Weil, Paris, Société Mathématique de France, collection Documents mathématiques, 2011, pp. 509 à 512.
  3. Lettre d’André Weil à Henri Cartan daté du 2 octobre 1940, envoyée depuis la ville d’Oran le 5, op. cit., p. 89.
  4. Voir en particulier Reinhard Siegmund-Schultze, « The Institute Henri Poincaré and mathematics in France between the wars », Revue d’histoire des sciences, 62, 2009, p. 281, note 108.
  5. Sur l’itinéraire de Louis Cartan, jusqu’à son exécution par les Allemands en décembre 1943, voir notamment Maurice de Broglie, « notice sur Louis Cartan », Revue scientifique, 85, 1947, p. 771.
  6. À l’exception d’Henri Cartan, venu depuis la zone occupée, tous les autres participants à ce deuxième congrès sont alors en zone libre.
  7. La rencontre entre Dieudonné et Hasse est documentée dans Michèle Audin, « La guerre des recensions, autour d’une note d’André Weil en 1940 », Mathematische Semesterberichte 59, 2012, p. 250. Hasse effectue une première mission à Paris au début du mois d’octobre 1940. Il s’entretient alors avec Gaston Julia. Lors de son séjour de novembre 1940, Hasse rencontre également Elie Cartan, en présence de son fils Henri, puis Dieudonné. Pour plus de détails sur la mission de Hasse, voir Christophe Eckes, « Organiser le recrutement de recenseurs français pour le Zentralblatt à l’automne 1940, une première étude sur les liens entre Harald Geppert, Helmut Hasse et Gaston Julia sous l’Occupation », à paraître dans la Revue d’Histoire des Mathématiques.
  8. Dès l’été 1940, Favard participe à la création d’une Université de camp, dont il devient le « recteur ». Favard n’est libéré qu’à la toute fin des hostilités.
  9. Pour plus de détails, on se reportera à André Weil, Souvenirs d’apprentissage, Berlin, éditions Springer, 1991, p. 176 et suivantes, ainsi qu’à Liliane Beaulieu, Bourbaki, une histoire du groupe de mathématiciens français et de ses travaux (1934-1944), thèse de doctorat, Université de Montréal, 1989, chapitre V, p. 386 et suivantes et Diane Dosso, Louis Rapkine (1904-1948) et la mobilisation scientifique de la France libre, thèse de doctorat, Université de Paris VII, 1998, tome II, annexe, p. 13-19.
  10. Lettre de Jean Dieudonné à Henri Cartan du 15 mai 1941 dans Michèle Audin (2011), op. cit., p. 508 : « Pour le moment, il [Weil] est à Princeton pour l’été, et y fait de la géométrie algébrique avec Chevalley. »
  11. Voir à ce propos un compte-rendu que Claude Chabauty consacre à ses propres activités scientifiques en 1942, Archives de l’Académie des sciences, fonds Elie Cartan 38 J, 3.11. Chabauty se déclare alors « chargé de recherches pendant l’année scolaire 40-41 et une partie de l’année 41-42 ».
  12. Plusieurs pièces issues du dossier d’épuration de Pisot, dont les témoignages d’Henri et Elie Cartan, confirment ces rencontres en septembre 1940, AN F/17/16865.
  13. Frédéric Marty joue le rôle d’envoyé diplomatique en Finlande au mois de juin 1940. Il monte à bord de la Kaleva, un avion qui relie Tallinn à Helsinki, le 14 juin 1940. La Kaleva est abattue en plein vol par l’armée soviétique ce même jour. Marty a été titulaire du cours Peccot durant l’année 1938-1939.
  14. Dossier d’épuration de Charles Pisot, AN F/17/16865. On trouvera quelques éléments sur les activités de Pisot durant la Seconde Guerre mondiale dans Volker Remmert, « Vom Umgang mit der Macht : Das Freiburger Mathematische Institut im ``Dritten Reich’’ », Zeitschrift für Sozialgeschichte des 20. und 21. Jahrhunderts, 14, 1999, p. 56-85.
  15. André Weil (1971), op. cit., p. 22.
  16. L’arrivée de Dieudonné à Nancy au plus tard à la fin du mois de février 1942 est confirmée par trois sources. Mentionnons tout d’abord la lettre de Dieudonné au mathématicien allemand Helmut Hasse datée du 27 février 1942, NSUB-Göttingen, Nachlass Helmut Hasse, Cod. Ms. H. Hasse, 1 : 368. Au début de cette lettre, Dieudonné annonce son retour à Nancy. La reprise des activités universitaires de Dieudonné à Nancy est par ailleurs consignée dans les procès-verbaux de la Faculté des sciences de Nancy. Nous remercions Françoise Birck de nous avoir permis d’accéder à ces documents. Enfin, Ehresmann indique dans une lettre du 26 avril 1942 au topologue Heinz Hopf que Dieudonné est retourné à Nancy. Cette lettre est conservée dans le fonds Heinz Hopf, ETH-Bibliothek, Hs. 621 : 463.
  17. Michèle Audin (2011), op. cit., p. 514. Cette copie (partielle) de lettre se trouve actuellement dans le petit fonds René de Possel à la bibliothèque de l'Institut Henri-Poincaré. D'après la note manuscrite qui figure en haut de cette copie, Charles Ehresmann s'est chargé de l'envoyer à de Possel. Ehresmann ajoute dans cette note qu'il ne peut pas lui procurer le numéro 8 de "la Tribu", Dieudonné n'en ayant pas tiré suffisamment d'exemplaires. Ajoutons qu'aucune trace de la lettre originale de Dieudonné à Weil ne figure dans les deux fonds Weil conservés à l'Académie des sciences.
  18. Notons que Georges de Rham se rend à Clermont-Ferrand du 14 au 18 avril 1942. Il est invité par l’Université de Strasbourg repliée à Clermont pour donner une série d’exposés en topologie.
  19. Lettre de Charles Ehresmann à Georges de Rham du 7 septembre 1942, Université de Lausanne, fonds Georges de Rham, R 00014. Précisons que les liaisons postales entre la zone libre et la Suisse étaient alors possibles. Il n’est en conséquence pas surprenant d’observer l’existence d’une correspondance entre Ehresmann et ses collègues Georges de Rham (Lausanne) et Heinz Hopf (Zurich) durant la période de l’Occupation.
  20. Pour plus de détails sur les travaux accomplis par les membres du groupe Bourbaki en topologie durant l’Occupation, voir Liliane Beaulieu, Bourbaki, une histoire du groupe de mathématiciens français et de ses travaux (1934-1944), Montréal, thèse de doctorat, 1989, p. 395 et suivantes.
  21. On retrouvera toutes ces informations dans les numéros de « la Tribu » qui font l’objet du présent focus. L’« achevé d’imprimer » du 29 avril 1942 figure dans la première édition des chapitres III et IV du livre de Topologie.
  22. Voir les cahiers de Cartan conservés à la bibliothèque de mathématique de l’Université de Strasbourg.
  23. Cf. la version numérisée du cours de René de Possel à Clermont en 1940-1941 http://www.irem.univ-paris-diderot.fr/articles/numerisation_du_cours_de_calcul_differentiel_et_integral_de_rene_de_possel/. Différentes notices ou biographies de René de Possel affirment qu’il quitta le groupe Bourbaki en 1941, voire en 1936. Cependant, comme dans le cas de Szolem Mandelbrojt, il est difficile de déterminer avec exactitude quand de Possel s’est mis en retrait de Bourbaki. En effet, la constitution et l’appartenance au groupe sont floues. Notons par exemple que de Possel participe au congrès qui se tient à Strasbourg du 8 au 19 juin 1946 [La Tribu N°12]. On pourra également se reporter à Michèle Audin (2011), op. cit., p. 529. D'après les documents conservés dans le fonds de Possel, ce dernier était tenu au courant des activités du groupe au moins jusqu'à la fin des années 1940.
  24. Voir à ce propos le n°6 de « la Tribu », p. 4 [La Tribu N°6].